關於生存的一切事物都落在生的平面上。必須讓自己踩在平面上,才能好好著手進行各種關於生存的作業,但我經常是浮在那平面之上。對我而言,那裡的視野遠比起平面上的視野更具有說服力 : 在那裡,平面上的一切──原本覺得那是山、是谷的,看起來都是平的。 除此以外是一片虛空,裡面依稀可見各種形狀,它們可以以任何形式被捕捉、被解讀,那是與生存無關的作業,而我樂此不疲。

  我以故事的形式將它們捕捉、定形,是因為我需要它們具有意義,而且其說服力不亞於我待在平面上的身軀所感受到的一切。進一步,我希望那成為一個帶有更完整說服力的系統,將生的平面也整個包含進去,如此也許能夠達成對我,或某些人的救贖。不過就算視點浮在半空,那些在虛空中愉快的捕捉和解讀作業,最終還是要返回生的平面,畢竟進行這作業的總是具備肉軀,那還是從人類的各種感知與經驗出發。如此在生的平面上下擺蕩不定,但幅度並不激烈的狀態,我稱作懸浮。懸浮之間被我捕捉而成的故事,為了讓它得到實際的形體,我將它們做成畫。

  一件作品如同一座劇場,裡面可能窺見形成故事的一切:從顯而易見的作品本身,到關於製作材料、工具、場地、製程的各種蛛絲馬跡,以及作者與讀者的倒影。 我嘗試去暴露並解構這樣的劇場所展示的,關於生存本身與創作裡的舞台/後台關係,並且由其觸發生成一個故事的可能性。創作發生的場所,通常被定義作「後台」。但只要是我在的位置,就會有我自己的視線、我假想的視線、或者它作為作品而暴露之後,確實來自他人的視線。 換句話說,無處不是舞台,即使是在最私密,最該無防備的場所。

曾耀慶 

懸浮劇場:生的平面+- 3cm 

     La strate du vivant est le plan sur lequel évolue tout être ou objet relatif à la vie. Il est indispensable d’avoir les pieds bien plantés sur ce plan pour effectuer toute tâche du quotidien. Pourtant, la plupart du temps, je plane bien au-dessus de lui. La vue que l’on a de là-haut est bien plus persuasive que celle que l’on a au sol : en prenant de la hauteur, tout ce qui au niveau 0 s’apparentait ici à une montagne, là à une vallée, semble alors tout à fait plat. Au-delà, c’est le vide. Un vide au milieu duquel on distingue à peine les formes ; elles peuvent être capturées et interprétées à notre guise. C’est une opération totalement indépendante de l’existence et dont je ne saurais me lasser.

 

     Si je les capture et les définit sous la forme d’une histoire, c’est parce que j’ai besoin qu’elles aient une signification, et elles ne sont pas moins convaincantes que tout ce que mon corps resté à terre peut ressentir. Dans une plus large mesure, j’espère que cela deviendra un système à la force de persuasion encore plus complète, englobant la strate du vivant toute entière, afin qu’il me soit possible, à moi ou à d’autres personnes, d’obtenir la rédemption. Cela dit, même si le point de vue s’apparente à celui d’un aigle flottant dans les airs, passés ces heureux travaux de capture et d’interprétation dans le vide, arrive inexorablement le moment où il faut revenir sur terre, sur la strate du vivant. Car pour réaliser ces travaux, il faut bien être doté d’une enveloppe charnelle puisque tout est basé sur la perception et l’expérience humaines. Cet état de balancement vertical de faible amplitude entre la strate du vivant et la couche qui la surplombe, je le nomme suspension. Si je veux donner une forme concrète aux histoires capturées pendant ces états successifs de suspension, je me dois de les peindre.

 

     Chaque œuvre est semblable à un théâtre, on y entrevoit tout ce qui forme une histoire : de l’objet lui-même sous sa forme primaire, aux divers indices renseignant sur les matériaux de fabrication, les outils, le lieu et le processus de réalisation, sans oublier le reflet de l’auteur et du lecteur. Je m’efforce de révéler tout ce que le théâtre met en évidence, pour mieux le déconstruire par la suite, notamment la relation entre l’existence elle-même et la dualité scène/coulisses qui caractérise la création, de même que tout ce qui pourrait conduire à la genèse d’une histoire. Le cadre dans lequel a lieu la création est généralement défini comme « coulisses ». Tant que c’est depuis mon emplacement que l’objet est appréhendé, il sera perçu au travers de ma vision personnelle, de mon imaginaire. Mais dès lors qu’il sera exposé en tant qu’œuvre achevée, il sera réellement considéré selon le champ de vision de tout un chacun. En d’autres termes, la scène est partout et nulle part à la fois, même dans les endroits les plus intimes, où l’on est le plus vulnérable.

TSENG Yao-Ching

Théâtre en suspension : la strate du vivant + - 3cm